VOYAGES

A quoi ressemble l’expérience d’un ashram en Inde ?

17h de train pour rejoindre New Delhi ! 
Non, non, vous ne rêvez pas. J’ai quitté Jaisalmer dans le Rajasthan, à une centaine de kilomètres du Pakistan, pour rejoindre la capitale indienne et ensuite récupérer un bus pour un trajet de 7 heures en direction de Rishikesh ! 

Alors, pourquoi faire autant de distance d’un coup ?
 Afin de débuter un programme dans un ashram, une retraite de méditation et de Yoga à « Phool Chanti Ashram ». Cette cession, fixée à une date précise ne me laissait que peu de temps pour y arriver!



Qu’est ce qu’un Ashram ?

Sans rentrer dans les détails historiques, un ashram est un lieu synonyme d’une vie simple dans lequel chacun est amené à développer une attitude positive et où sont enseignés des cours de Yoga et de méditation par un Yogi.
A l’ashram, on apprend à discipliner son corps, son souffle, et ses émotions par l’apprentissage du yoga et la maitrise de sa respiration, accompagné de musique sacrée si on le souhaite afin de se recentrer sur soi même. 
L’ashram est donc le lieu privilégié et presqu’un passage obligé pour toute évolution spirituelle.

Jusqu’à présent, j’avais vécu l’Inde comme une expérience enrichissante à travers ma mission de volontarisme auprès des enfants dans un bidonville, (Article Humanitaire), sans m’être vraiment imprégné de l’aspect spirituel du pays et de leur culte pour le Gange. J’ai donc décidé de faire de ce voyage à Rishikesh, une étape clé dans cette découverte. 

Qu’est ce qui m’a poussé à faire 23h de trajet et 1000 kilomètres pour rejoindre cet Ashram ?

Ma curiosité avait déjà été titillée en lisant le roman “Mange, Prie, Aime” (Elisabeth Gilbert), où l’héroïne se rend dans un Ashram… prier justement. Mais c’est surtout en m’intéressant au nord de l’Inde et au Gange que le mot ashram est revenu plusieurs fois, et que j’ai commencé à m’intéresser à ces endroits si particuliers. Le calme qui semble y régner, sa propre remise en question, une coupure avec le monde actuel… 
Autant d’aspects qui m’ont donné envie d’en savoir d’avantage.
Parce que c’est vrai, avec une carte 3G en Inde, on est jamais vraiment déconnecté.
Besoin d’un resto ? Tripadvisor. 

Perdu dans la ville ? Google Map. 

Réflexe du quotidien ? Facebook ou Instagram.
Justement, Facebook, Insta, ces drogues de tous les jours desquelles je n’arrive pas à me séparer et qui me bouffent finalement : une perte de temps !
Même au bout du monde il est difficile de se déconnecter quand on a cette habitude. Alors STOP !

En me rendant dans un ashram j’avais l’ambition de me recentrer sur moi-même, apprendre à être serein, gérer mon stress, profiter de la nature, ne plus me sentir parasiter par ce qui m’entoure et lâcher mon portable pendant une semaine.

A l’ashram je n’aurai de toute façon pas le choix : méditer, écouter, et silence obligatoire entre 21h jusqu’au lendemain 13H.

Le quotidien sera réglé comme du papier à musique et c’est la raison pour laquellej’ai choisi « Phool Chatti Ashram ». Cet établissement propose un programme précis et complet dans un cadre naturel et idyllique à 5 km de Rishikesh. Attention, en Inde, il y a une quantité d’ashrams assez impressionnante ! Et il est important de choisir le bon endroit, surtout quand c’est une première expérience. 
D’avance, je peux vous le dire : j’ai fais à mon sens, le meilleur choix possible !

L’ashram était dirigé par Lalita, notre Yogi, et Prashanti, « l’assistante » de Lalita.


Prashanti pour la petite histoire est une très belle jeune femme Russe qui a fait ses études à New York, et qui est tombée amoureuse de l’Inde et de la spiritualité. En Inde elle est heureuse. A New York, une partie d’elle même est en Inde. 
Elle a donc décidé de venir s’installer dans ce pays, et consacrer sa vie au yoga et à la méditation. Son dévouement est impressionnant, et c’est vraiment une femme que j’admire et qui m’impressionne.

Revenons sur le planning :

5H30 :
Réveil

Souvent bien difficile, il faut bien l’avouer !

6H – 6H30 :
Méditation en silence.
Une partie assez étonnante. Déjà, le premier réflexe n’est pas de prendre son portable au réveil, réflexe dans ma vie quotidienne. Là, je me brosse les dents et je quitte ma chambre face au Gange, face à la nature et le jour qui se lève m’accompagne pour rejoindre la salle de yoga et de méditation. Les premières fois ne sont pas faciles, et c’est tous les jours un vrai apprentissage pour gagner un calme intérieur et sentir la sérénité que je recherche.

6h30 – 6H45 :
Mantra Chanting.
Alors qu’est ce que c’est ? C’est sentir les vibrations puissantes des mantras. Une sorte de répétition de chants sacrés pour rentrer dans une méditation inconsciente. C’est sûrement ce qui me demande le plus d’effort ! Je n’arrive pas à me sentir vraiment connecter. Mais pourtant, je prends du plaisir à certains moments et ce qui me plait le plus, c’est la cohésion de groupe, entendre nos voix porter une nouvelle énergie.

6H45 – 7H :
Nettoyer les cloisons nasales.
On se retrouve tous dans le jardin face au Gange. Puis nous commençons un rituel pour se nettoyer les cloisons nasales avec de l’eau tiède et légèrement salée. Une technique habituelle pour favoriser la respiration dans la pratique du yoga et de la méditation. C’est très déstabilisant les premiers jours, de se retrouver tous là, à se nettoyer le nez. Mais au fur et à mesure, j’en ressens les bienfaits tout au long de la journée.

7H – 7H15 : 

Exercice de respiration. 

Clairement cela n’a pas été mon moment préféré, mais ce genre d’exercice ne peut pas faire de mal !

7H15 – 8H45 :
Cours d’Hatha yoga.
Je n’avais jamais fait de yoga ! Je me suis retrouvé un peu bête… Réaliser que j’aurai une vingtaine d’heures de cours de yoga dans la semaine sans avoir vraiment cerné ce que représentait cette discipline ! Les premiers jours étaient durs… J’avais même envie de sécher les cours. Je ne m’y sentais pas bien, et je ne comprenais pas ce que cela m’apportait. Pourtant… Au fur et à mesure, j’ai trouvé un certain bien être dans cette pratique.

9H :
Petit déjeuner.
L’un des meilleurs moments !!! Sur la terrasse, dans un silence totale, du porridge au miel, des fruits frais, et quelque chose de salé (Pâtes, sandwich etc…). C’était délicieux, un vrai moment de détente, et le silence était si apaisant.

10H – 10H30 :
Karma Yoga. 

C’était tout simplement le ménage des parties communes. En gros, faire une action pour les autres sans rien demander en retour.

10H30 :
Marche contemplative.
Nous partions tous ensemble dans un endroit, en silence, toujours en se recentrant sur notre respiration et sur le moment présent. Profiter de la nature, du calme. Cela pouvait être au bord du Gange, près d’une cascade, ou assi près d’une rivière pour lire ou écrire. C’est quelque chose que je ne pratique pas à Paris : prendre le temps d’aller dans un endroit, ne rien faire, se vider la tête. J’ai appris que ces moments calmes apportaient une grande sérénité, comme appuyer sur le bouton « off » du cerveau et ne plus penser à rien pendant un moment.

 

12H30 :
Déjeuner
Encore l’un des moments que j’adorais ! Toujours pour cette raison simple : le silence, la nature, et une nourriture végétarienne incroyablement bonne tout au long de la semaine et chaque jour très différente et variée !

13H – 15H :
Temps libre.
Pendant mon temps libre, j’aimais bien lire ou écrire, soit au bord du Gange, soit dans la salle de Yoga, souvent seul, j’adorais l’atmosphère qui y régnait ! 
C’est assez marrant de voir que l’on fait beaucoup de choses quand on a pas un ordinateur ou un portable à portée de main. Ecrire me permettait de m’extérioriser, et je lisais avec un vrai plaisir sans être perturbé par des pensées, ou des « fausses » obligations que l’on a dans notre quotidien. 
13h était l’heure où l’obligation de silence se terminait. Pourtant, peu de personnes parlaient, et chacun vaquait à ses occupations dans le calme et le silence.

15H – 16H :
Discussion de groupe. 

C’était un moment, où tous ensemble, nous abordions nos sentiments sur les activités du matin. On pouvait poser des questions ou aborder des thèmes sur le yoga, la méditation, également le végétarisme et la manière de vivre mieux.

16H – 17H30 :
Cours Ashtanga vinyasa yoga.
Encore un ! Pour moi qui avais vraiment du mal à m’habituer à cette discipline, ce second cours de la journée n’était pas évident les premiers jours !

17H30 – 17H45 :
Exercice de respiration

18H45 :
Rituel au temple Pooja dans la cour de l’Ashram. 

On se retrouvait tous autour du temple, et nous écoutions les chants, et regardions le rituel du feu.

19H :
On enchainait dans une sorte de salle sacrée, comme un temple, où l’on chantait des chants sacrés, des mantras, un peu comme le matin. Mais cette fois-ci en présence de plusieurs indiens vivants à l’ashram. On ressentait bien que ce moment était très important et sacré pour eux.

19H30 : 

Diner.
Toujours dans le silence évidement.

20H30 – 21H :
Méditation guidée.
Juste avant d’aller dormir… (Car autant dire qu’à la fin de la journée j’étais mort !)
 Cette méditation était guidée par Prashanti, qui souvent faisait en sorte de nous guider avec sa voix, sur des parties de notre corps, une manière de rester focalisé, et éviter que nos pensés ne partent ailleurs ! Ca pouvait être difficile de ne pas s’endormir.

21H – 21H30 :
Je lisais, et souvent au bout de 4 pages, je m’endormais. Bref, j’avais souvent rejoint les bras de Morphée à 21H15.

Le lieu de l’ashram est vraiment très beau, et on s’y sent bien. C’est reposant, relaxant, et cela fait un bien fou ! 

Le bilan de cette expérience ?

Au bout de deux jours d’Ashram, je me suis dit :

  • « Qu’est ce que je fous là ? ».
    « L’Inde, ce pays qui demande des mois pour le visiter, et je fais quoi moi ? Je m’enferme dans un Ashram, je suis fou ou quoi ! »
    C’était assez difficile de prendre le rythme. 
Pourtant, au fur et à mesure, j’ai lâché prise. J’ai apprécié jour après jour, heure après heure ce que je vivais : ces moments présents, sans réfléchir au futur, ni regretter le passé.
    – J’ai compris que le silence n’était pas un « problème ». C’en était un pour moi. 
En effet, par exemple au restaurant, peu importe avec qui j’étais, les « blancs » comme on peut les appeler, me dérangeaient car ça me donnait l’impression d’un malaise entre moi et la personne en face. Hors, le silence fait parti de la vie, et il est bien plus souvent bénéfique que dérangeant ! Je ne dis pas que je vais l’accepter avec facilité lors de mon retour à Paris, mais je vois les choses différemment aujourd’hui.

 

  • J’ai beaucoup à apprendre, mais la méditation est une activité qui apporte énormément. Elle me permet de voir les choses avec calme, de ne pas prendre de décisions quand mon cerveau bouillonne de pensées diverses, ça permet de dormir et de passer des nuits sereines. Bref, beaucoup de choses positives ! Je tenterai de mettre en place dans ma vie quotidienne, quelques séances de méditations.

 

  • Le moment présent. Encore une fois, en une semaine c’est difficile de connaître à la perfection le sujet et surtout, je dis bien surtout, le mettre en pratique ! 
Mais arrêter de se baser sur le passé, et de se projeter dans le futur, quand des fois, juste profiter du moment est primordiale au bonheur. (D’ailleurs n’hésitez pas à lire : « Le pouvoir du moment présent », Eckhart Tolle)

 

  • Le végétarisme : qu’on soit clair, l’ashram ne prône pas le végétarisme. La nourriture est 100% végétarienne certes, mais c’est au cours d’une discussion que le sujet est arrivé sur le tapis. Une personne du groupe se demandait comment il était possible d’aussi bien manger sans viande. Et depuis que je suis en Inde, je relève ce constat : je ne me mange pas de viande et je suis en pleine forme, j’ai de l’énergie, je mange divinement bien ! 
De plus, je me suis renseigné sur le sujet. Et même si vraiment là, ça devient une conviction personnelle, j’avoue avoir des raisons qui me font penser qu’arrêter la viande me fera du bien. Personnellement : pour des raisons santé, mais aussi écologique et bien sur… concernant le traitement des animaux. Je conseille d’ailleurs 1 film en passant : Forks over Knives.

    Dans la société dans laquelle nous vivons, nous sommes toujours poussés à aller plus vite, être plus productif. La technologie est omniprésente dans notre quotidien. On ne peut s’empêcher de comparer notre vie aux autres. 
L’ashram est à mon sens, une bonne manière de mettre « pause », et se recentrer sur soi-même. Une étape que je conseillerai à quiconque souhaite retrouver une vraie sérénité pendant quelques temps.