VOYAGES

A quoi ressemblent des cours dans une école indienne quand on est prof ?

Ce n’est pas simple de se transformer en professeur face à des élèves. Encore moins quand ils sont d’une autre culture au bout du monde. Pourtant, j’ai connu des moments magiques… Je vous les explique ici ! 

Mon quotidien en Inde, vous le connaissez un peu si vous suivez ce blog ! (Article : “A quoi ressemble une journée d’humanitaire en Inde ?“)
Tous les jours en me rendant à l’école, j’avoue que je suis assez impressionné par ce qui m’entoure et ce dépaysement.
Et même si je prends l’habitude d’ouvrir l’école avec Sohba, j’ai conscience à chaque fois que cette expérience est unique.

Les premières fois, je ne me sentais pas capable, et je me disais que ça allait être long… que chaque cours allait être TRÈS long !
Comment réussir à donner un cours pendant 4 heures ?!
Deux heures d’anglais, deux heures de maths, il ne faut pas glander quoi !
Etudiant, il est facile de se mettre au fond de la classe, et bon, se faire discret pour que les heures passent rapidement.
J’ai appris que… prof aussi, il y a des techniques pour avoir un peu de répit 10 minutes 🙂
Par exemple, donner 10 multiplications au tableau ! Mais globalement, on doit toujours s’activer face à des enfants qui demandent à apprendre !

Ce qui est marrant c’est de découvrir la personnalité de chacun au fil des semaines.

– Il y a les « 1ers de la classe », toujours bons partout ! Il s’agit des deux frères, Akbar et Aman. Ils ont des capacités et clairement j’aimerais les voir faire des études par la suite… (Car en Inde il y a un système de “caste”. La société indienne est traditionnellement divisée en quatre grandes classes sanctionnées par la religion hindoue. Les enfants à qui j’enseigne sont des “intouchables”. Ils ne font pas partie des 4 grandes classes, donc leurs destins sera principalement de… mendier. Et grâce à cette l’école créée par l’association “Reach For The Moon”, l’idée est de les sortir d’un destin misérable tout tracer) 

– Ceux qui ne sont pas mauvais du tout… Mais qui ont des lacunes. Ils ont envie de réussir, et c’est génial à voir, on a qu’une envie c’est de les voir progresser cours après cours ! 

Celles qui… entre copines, ont tendance à tricher sur la meilleure ! Alors, c’est assez marrant à regarder, je tente de leur expliquer que ça sert à rien de tricher… mais pas sur qu’elles comprennent ! Elles sont attachantes à vouloir toujours avoir tout bon, même si ce n’est pas toujours très honnête !

– Les mauvais… Alors, il y en a une qui clairement ne semble pas faire d’effort. Une simple addition, elle arrive à se tromper… Et, elle ne cherche pas à essayer… 
Mais il y a aussi une jeune fille et son petit frère. Payal et Sachin.

Payal, je la pensais vraiment pas bonne, sans aucune envie d’apprendre, et pas très sympathique. Au final, elle n’est pas mauvaise, elle comprend des choses, et veut réussir tous ses exercices ! J’ai beaucoup d’affection pour elle ! Je sais qu’elle ne comprend pas grand chose quand je lui parle en anglais, mais elle s’accroche ! 
Et son frère, Sachin… que de retard sur la classe ! Il ne savait pas faire une addition avec une retenue quand j’ai commencé, et les tables de multiplications… très moyens !
Pourtant, en lui faisant que des exercices sur mesure, sans jamais le laisser suivre aveuglement ce que je marquais au tableau, j’ai réussi à le faire progresser. Je lui ai même mis un « Very Good », pour un exercice de multiplication sans faute ! Et ça c’est vraiment une très grande fierté pour moi ! 

Et souvent, sur la fin, je leur fait un cours assez ludique : je mets un mot en anglais au tableau, et il doivent le copier sans faute… et dessiner le mot en question.
Ils aiment beaucoup faire ça, et j’aime bien voir les dessins. Ca représente assez bien les personnalités de chacun.

Ici, vous pouvez voir Akbar, qui me récite les mots en anglais : 

 

Puis, j’amène ma guitare de temps en temps. Alors là ! C’est l’excitation quand ils aperçoivent qu’elle est posée sur le banc.
Ils savent que je vais chanter à la fin du cours. Quand je vois les étoiles qui brillent dans leur yeux, je suis heureux !
Je chante en français, en anglais, ils me font tellement sourire quand je les regarde danser, bouger la tête au rythme de la guitare. C’est un public bien différent de ce que j’ai pu connaître ! 


Ils sont très curieux, comme à l’Orphelinat auquel je vais de temps en temps, et les enfants adorent toucher la guitare ! Dans la vidéos ci-dessous, vous apercevrez Vinod, qui perd mon médiator dans la caisse de la guitare. Il était tellement mal à l’aise ! C’est assez mignon à voir, à quel point il me respecte, et ne souhaite absolument pas casser ma guitare ou perdre quoi que ce soit. 

Chaque jour est pour moi une bulle d’air quand je suis en leur compagnie. Ils me surprennent par leur naturel, me font sourire avec leurs conneries, et ils m’attendrissent tellement avec leurs regards. Je ne pensais pas que je pouvais ressentir autant d’attachement auprès d’enfants, surtout dans la peau d’un prof ! 

 

C’est une belle leçon de vie qu’ils me donnent.