VOYAGES

Dire au-revoir à l’Inde, sans dire adieu.

La fin est donc là. Finir cette expérience intense, faire un geste de la main, dire « bye bye ».
Comment s’est passée cette dernière journée à l’école ?


Comme je le dis souvent à mes amis en France : « Le temps passe vite autant que je le trouve long… » J’ai compté les jours, je regardais souvent le calendrier dans la classe. Non pas que je n’aimais pas l’expérience, loin de là !
Mais il faut bien l’admettre : « C’était une expérience difficile ! ».

Et aussi étrange que cela puisse paraître, j’appréhendais aussi ce dernier jour. J’avais conscience que dire au-revoir aux enfants, avec lesquels j’ai passé plusieurs semaines, allait être difficile. Je ne m’étais pas trompé !
Je vous raconte :

Ce lundi matin, j’apporte ma guitare. C’est mon avant dernier jour. Du moins c’est ce que je pensais.
Je me sens assez bizarre. Je réalise que c’est la fin de cette aventure en présence de leurs sourires.
Je fais mon cours, assez normalement : 2 heures de maths, 2 heures d’anglais. Puis, j’apprends par Sohba que ce sera finalement mon dernier jour, et que le lendemain j’irai dans une autre école, celle où j’ai donné 2, 3 cours au début du mois.
J’ai mal au ventre, une boule. Je ne comprends pas pourquoi Sohba et Rakesh (ma famille d’accueil qui gère aussi les deux écoles) ne me laissent pas faire cette dernière journée dans l’école où j’ai tissé autant de liens avec les enfants.
Je reste un peu bête et je demande à Sohba si on ne peut pas tout simplement changer les plans du lendemain. Elle me demande d’attendre Rakesh.
Il arrive en fin de matinée et s’oppose au changement de planning, car les enfants de l’autre école ont prévu de me dire au revoir. Ici c’est très protocolaire : un revoir se fait avec un discours, des cartes signées par les enfants, c’est comme ça. Je n’échappe pas à la règle.
D’ailleurs, ma classe m’offre plusieurs cartes du coup. Une de la part de tout le monde, et certains élèves en font une personnalisée. Je ne suis pas étonné, c’est Vinod et Dilip. C’est touchant car je sais qu’ils le font avec sincérité. Je vais leur manquer, et eux aussi, vont me manquer aussi, beaucoup.

Rakesh fait un discours de fin, avec une prière. Puis c’est à mon tour de faire un discours en anglais, traduit en hindi par Rakesh. J’essaye d’être clair et de faire simple en expliquant que leur donner des cours a été pour moi un vrai bonheur, que j’espère leur avoir apporté quelque chose.

Ce jour là, c’est aussi la remise d’uniformes. Sarah, la directrice de l’association “Reach For The Moon“, a récolté de l’argent pour que tout les élèves aient un uniforme.
Encore une fois, c’est très protocolaire et je dois prendre des photos pour remercier les donateurs et pour le site internet.


Puis c’est le déjeuner, Vinod et Dilip se mettent à coté de moi, et Dilip n’a rien a mangé, si ce n’est deux parts de « je ne sais quoi… ». Ca ressemble à ça : 

Une sorte de texture pâte de fruit, mais comme un gros morceau de sucre qui se brise sous les dents, avec un arrière goût vraiment pas agréable. Il comprend que je n’aime pas trop, mais il refuse que je lui redonne, même si il n’a rien d’autre à manger. Il me demande de le mettre dans la poubelle. Payal et son frère Sachin n’ont rien à manger. Comment pourrais-je jeter de la nourriture quand certains des enfants ne mangent pas ?
Je ne peux pas, et pourtant je n’arrive pas me forcer… discrètement je le range dans ma poche, expliquant que je le finirais plus tard.

Puis, c’est l’heure de dire au revoir. Rakesh m’avait dit le matin de ne pas apporter ma guitare, mais étant déjà sur la moto, je l’avais gardé. J’ai bien fait, car je ne pouvais pas quitter ces enfants sans garder un quelque chose d’eux. Et je trouvais que les faire signer ma guitare serait un bon souvenir.
Je sens que jouer de la guitare ne passe pas aujourd’hui. Rakesh ne semble pas d’accord. Je ne sais pas pourquoi. Encore une fois, un mystère dans cette aventure.
Mais je sors la guitare de sa housse, et je demande aux enfants qui le veulent de marquer leur prénom.

C’est pour moi une signature qui apporte à cette guitare une valeur inestimable à mes yeux. 

J’avoue être fier d’avoir été jusqu’au bout de ce projet, né dans ma tête quelques mois plus tôt.
La vie est courte, et finalement, qu’est ce qui nous empêche de réaliser des projets comme celui là ?
Je voulais quitter mon quotidien parisien, ce confort agréable qui ne me faisait plus rêver. Vous savez, « l’habitude » ? Celle qui vous enlise au cours de votre vie. J’avais besoin de remettre des choses en place et j’ai choisi l’humanitaire en Inde pour cela.
Il est trop tôt pour vous dire ce que cette aventure m’a apporté. Depuis la fin de ma mission, je voyage en Asie, c’était aussi mon projet : découvrir, voyager pendant quelques temps.
Je n’ai pour l’instant aucun recul sur mon expérience Indienne. Je sais que je ne l’oublierai jamais, mais tout va trop vite pour que je puisse faire un bilan.
Mais dès mon retour je vous dirais ce que j’ai ressorti de tout ça !

Je reviendrais également aussi sur l’aspect financier de ma mission humanitaire. Je vous assure déjà une chose : ça ne peut pas être un véritable frein si vous souhaitez vivre cette expérience !

Alors, jetez l’ancre ailleurs, au bout du monde, jetez l’ancre dans un projet qui vous tient à coeur, jetez l’ancre pour trouver le bonheur.