VOYAGES

La première fois dans un orphelinat indien.

L’association avec laquelle je suis parti « Reach For The Moon », s’occupe aussi d’un orphelinat.
La première fois que j’y ai mis les pieds, j’ai vraiment été secoué !
Pourquoi ça ? La réponse dans l’article. 


Aanchal Chhaya est un orphelinat situé au sud de Delhi, à 75 km !
Autant, dire que pour y aller, il faut être bien décidé.
Sarah (Présidente de Reach For The Moon), m’a demandé plusieurs infos sur les enfants. (Etat de santé, ambiance etc).

Elle m’avait prévenu par mail : « Enjoy the weird and wonderful love in this strange place »
(“Profite de l’amour étrange et fantastique de cet endroit”).

La première fois, j’avoue avoir été pas mal perturbé !

En effet, je vous passe les détails pour y aller : c’est loin, c’est long, une galère pour expliquer au rickshaw, se faire le arnaquer sur le prix etc… Mais finalement, après quelques semaines en Inde, je m’y habitue, et, bref, on y va quoi !

J’arrive à l’orphelinat : un grand portail blanc se dresse devant moi. Je ne suis pas sûr de moi, je m’avance, et quelqu’un m’ouvre, comme par magie, devinant ma présence. 
Ici en Inde, je vis toujours des situation nouvelles, des situations que je n’ai jamais vécu. J’ai appris à m’adapter, alors ce jour là… Je tente mon meilleur atout : sourire !

Je souris, je salue, puis… je souris et je salue.
(En générale, ça fonctionne bien !)

Un grand monsieur s’avance pour me rencontrer. Il est habillé d’une tunique blanche, avec une barbe blanche. Il s’agit de Babaji, le maître des lieux comme on pourrait dire. Il est charismatique, impressionnant.

Il me laisse à un employé qui m’amène dans le bâtiment principal.

Je rencontre une jeune femme, Reida, qui semble s’occuper de tout, une sorte de « secrétaire » je dirais. Elle est gentille, souriante et m’accompagne voir la cuisine, les dortoirs des filles. La plupart ne sont pas rentrées de l’école, il y a surtout des jeunes filles qui ont un handicap mental. Elles sont souriantes. L’ambiance est particulière. En fait, mettre les pieds dans un orphelinat me déstabilise.

 

 

Je rencontre Dipanshu, le comptable qui gère aussi Internet. On dirait un enfant ! Mais oui, un enfant de 13 ans. Il a pourtant 20 ans. C’est pas croyable ! (Photo ci-dessous, à ma droite) 

Dispunchu
On parle un peu, puis on m’installe au milieu de l’entrée. On m’apporte une table et une chaise en plastique avant de me proposer un « white tea » avec des petits gâteaux, ce que j’accepte volontiers. Soudainement, plus personne avec moi. Je suis seul.

Une jeune fille arrive, elle me fixe, elle se fige devant moi, debout. Elle prend ma main, ne la lâche plus. Un jeune garçon passant par là m’explique que la jeune fille est muette et qu’elle a des troubles mentaux.

Je suis seul. Avec elle. Elle me tient la main, me fixe.

Le temps parait assez long, je ne sais pas quoi faire. Je lui parle, je me présente en anglais, en hindi «  Mera naam Stan hai ». Elle me regarde avec insistance, elle me montre son sweat-shirt sale. Ca semble la gêner.

Elle lâche ma main. Je bois mon thé. Elle reste devant moi, debout, elle me fixe. C’est assez indescriptible, cette gêne que je ressens, le temps semble s’être arrêté. La jeune fille me reprend la main. Nous nous regardons, les minutes s’écoulent.

Finalement, je finis par me lever, pour aller à la rencontre des personnes que je croise.
Je discute un peu avec « les filles ». Je ne sais pas trop qui travaille là, qui est orphelin.
Les filles sont curieuses : « Are you single ? » « Tu as une femme ? » « Tu es marié ? ».

Un jeune homme vient me chercher pour m’amener voir la partie des garçons. C’est derrière le « bloc » des filles, à côté d’un potager, d’un jardin. Un coiffeur / barbier s’occupent de plusieurs garçons. Je découvre leur dortoir sombre, je vois plusieurs rats courir.

Ils sont fiers de me monter les lieux. J’observe, je suis heureux de sentir ce plaisir chez eux.

Je retourne dans la cours principale : je m’assoie près de Babaji, sur une chaise en plastique.
Il me regarde pas, il finit de manger. On ne se parle pas. La jeune fille du début est là, au loin. Elle me fixe.

Je pose 2, 3 questions. Bababji y répond brièvement. Il m’explique : « Ici il y a 41 orphelins : 22 filles, 19 garçon, âgés de 5 à 18 ans ».

Je distribue à tout le monde des fraises tagada. J’en prends une. Le goût est incroyable ! Le sucre fond sur ma langue, c’est fantastique. (Ici en Inde, je ne mange quasi pas de sucre. Ce moment où je redécouvre une sucrerie est surprenant tant le goût me parait dingue !).

Je réalise que pour eux c’est la même chose. 

Puis, je continue mon tour. Les filles sont très très curieuses, et surtout très dragueuses. Je suis assez mal à l’aise. Je sais que ça peut être mal vu un garçon qui « traine » avec les filles. Un jeune homme qui a vécu la même expérience que moi quelques mois plus tôt m’a prévenu de faire attention.
Elles sont tactiles, demandent mon numéro. Ca me fait sourire. On rigole. Je ne m’attarde pas ce premier jour.  

Au final, cette première fois m’a assez chamboulée. C’est très difficile d’ailleurs de mettre par écrit des sentiments qui sont très personnels, et très difficile d’expliquer l’ambiance. Et je n’imagine pas si j’y avais mis les pieds en 2008…

Pour vous faire une idée, cet orphelinat en 2008, comptait 1 bâtiment, contre deux aujourd’hui.
Avant, les filles et les garçons se partageaient 2 chambres et 6 lits. Il y avait 2 robinets et une douche par semaine. Ils n’allaient pas à l’école et vivaient enfermer dans l’orphelinat. Ils vivaient « comme des animaux ».
En 2008, quand Sarah à découvert l’endroit, elle a été effrayée, horrifiée même par les conditions. C’est à ce moment là qu’elle eu le déclic de créer une association « Reach For The Moon », l’asso avec laquelle je suis actuellement en Inde. Elle a fait construire un second bâtiment, installé des robinets et des lits pour que chacun puisse dormir dans des conditions correctes. 

Alors c’est vrai qu’aujourd’hui les garçons n’ont pas d’eau chaude, et il y a des rats qui courent dans les chambres, mais on est loin du taudis de 2008.

Les visites qui ont suivi ont été bien différentes. Je vous promets des photos, des sourires, et des regards incroyables !