VOYAGES

Mon premier cours en tant que prof en Inde !

Je n’ai jamais été prof. Je n’ai jamais été fan des cours non plus. Et pourtant, j’ai décidé de partir faire de l’humanitaire en Inde, donner des cours de maths et d’anglais à des enfants dans un bidonville pour donner plus de sens à ma vie, quitter la routine parisienne. Easy or not ?

Not ! not ! not !
Vraiment pas simple… et je dirais même que c’est plus difficile que prévu ! Alors ouai, c’est vrai, j’y suis allé un peu en me disant : « On verra sur place et on s’adaptera ! ». L’envie d’apporter, d’aider, d’enseigner est là. Mais tant qu’on est pas sur le terrain, on ne peut pas vraiment s’imaginer ce qu’il en est.

Je vis dans une famille d’accueil indienne.
Premier matin : réveil à 6h30, on se lave à l’eau froide, on prend un petit dej’, préparé par Sohba, la mère de famille. Puis « go go go », il faut partir ! Partir où ? Prendre quoi ? Je ne sais pas, il faut se dépêcher.

Puis dehors, je réalise que Rakesh, le père de famille, est sur sa moto.
Bien.

Mais nous sommes… 4 ?
Oui c’est ça : Rakesh, Sohba, Benjamin (leur fils de 11 ans) et moi. C’est pas un problème, leur fils sur le guidon, moi derrière Rakesh, et sa femme derrière moi! Nous voilà partis dans un brume angoissante, sur la route. Nous nous retrouvons face à un trafic incroyable !
Ca ne s’explique pas : rouler à 4 sur une moto sans casque dans une atmosphère digne du jeu « Silent Hill », croisant les vaches cherchant de la nourriture dans les ordures du bas-coté, et même les singes jouant sur les arbres. Il y a du monde un peu partout. Puis nous prenons un chemin de terre, ça secoue beaucoup !

Nous arrivons alors dans un endroit incroyable : un bâtiment en pierre au milieu de nulle part. Juste une maison et un vieux monsieur à la barbe longue autour d’un feu avec sa famille, une poêle à la main. Me voici hors du temps.


Il est 8h, les enfants arrivent doucement : des plus petits, 3/4 ans, aux plus grands, 13/14 ans.
Une salle de classe assez simple et agréable.

Premier constat : ils sont vraiment très polis ! Déjà, ils demandent à chaque fois : « May I come in ? » et ils attendent à la porte qu’on leur dise de rentrer pour avancer. Puis d’une voix forte et présente ils s’exclament « Good Morning Mam ! » en direction de Sohba, et me voyant, « Good Morning Sir ! »

Ils s’installent.

Honnêtement je suis stressé. J’ai cette boule au ventre des premiers jours d’école. Je redeviens moi-même étudiant.

Je suis observé du coin de l’oeil. Je me sens étranger, je suis étranger. Je remarque une chose : ces enfants sont beaux, il portent des couleurs, ils ont un regard vivant.

Avant de commencer, ils se regroupent tous au fond de la classe, se mettent en file indienne sur 3 rangées. Un des élèves face au groupe lance une chorégraphie très militaire, avec une prière à Dieu. Le leader lance une phrase comme “I love God” “I love my country” “I love my brothers“, que tous les élèves reprennent avec conviction, avant de chanter leur hymne national “Jana Gana Mana”. 

Ce premier cours se passe simplement, Sohba est la maîtresse, elle enseigne en Hindi. J’accompagne les deux meilleurs de la classe, deux frères, Akbar (à gauche) et Aman (à droite).

 

On fait connaissance, avec une forme de timidité mélangée à de la gène.

Puis Sohba me propose de prendre le relais. Bon, allez, on y va, on se lance. Me voilà devant le tableau noir.

Quelques petites multiplications, quelques additions, rien de bien méchant. Mais l’un des frères, Akbar, très vif, me fait une demande précise :

« Division Sir ! Division Sir ! »

 

Il me montre le cahier de maths avec plusieurs divisions à poser.
Je panique, je reste muet. J’acquiesce, la classe entière semble partante pour des divisions. 
Le problème : Je l’avoue, en toute transparence : je n’en ai pas fait depuis des années, et je ne sais plus comment les faire à la main. (Merci le téléphone, sa calculatrice est utile hein ?)
Je ne connais pas encore assez les enfants, je suis pris de court… Je n’ose pas dire non.

Je me retrouve comme un con, il n’y a pas d’autre mot, à écrire à la craie 10 divisions. Ensuite, je retrouve mon bureau, le cahier de maths dans les mains.

Je commence à regarder le cours d’explication qui précède l’exo. Ca me rend dingue, j’ai les mains moites. J’essaye, je calcule, je lis l’explication (en anglais bien sûr), je perds mes repères. Que faire ?

Sohba est partie dans un coin s’occuper des plus petits. Je suis seul face à mon cahier, je suis complètement noué. Je tente des solutions, le temps passe vite, et très rapidement un enfant vient me faire corriger son cahier.

Je bloque, je regarde, je ne comprends pas trop sa démarche, son écriture, les chiffres qui partent dans tous les sens. C’est alors qu’Akbar, le premier de la classe, arrive avec ses notes. Il est sûr de lui. Sur les précédentes pages de son cahier, il n‘a que des bonnes réponses.

Je prends le risque de m’appuyer sur ses réponses pour corriger. Et me voilà avec un stylo rouge, corrigeant un exercice que je ne maîtrise absolument pas ! Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi mal à l’aise !
Voici donc, l’un des premiers contacts avec les enfants de l’école ! Autant vous dire que depuis j’ai visionné quelques tutos sur Youtube !

Heureusement, j’ai pu me rattraper avec l’anglais et d’autres exercices de maths.
J’ai beaucoup à leur apprendre, car les bases en anglais sont assez faibles, vraiment faibles : ils connaissent par coeur leur cahier de vocabulaire qui tourne autour des animaux, des fruits et des légumes. Par contre, dès qu’il faut faire une phrase, ça devient compliqué ! Et même les choses basiques comme “What is your name ?“, “Where do you live ?“, ne sont pas maitrisées. C’est d’ailleurs un point assez complexe : comment expliquer la signification de phrases, de mots, quand on ne parle pas la même langue. Je veux dire que même des mots comme : “hier, “demain“, “après-demain” sont compliqués à expliquer : je ne connais pas l’équivalent en Hindi, et pour eux “Yesterday” ne signifie rien. Donc, c’est souvent par des mimes, des regards, des mises en situations que je tente de leur apprendre la base de l’anglais.

Concernant les maths :
Les additions pas de souci, mais les multiplications du style : 23 fois 46, sont trop difficiles pour 85% de la classe. Idem, je dois reprendre des bases. Le soucis, c’est que le niveau est très partagé entre les élèves, donc il faut pouvoir s’adapter, et tenter de créer plusieurs groupes qui travailleront sur différents exercices.

C’est étonnant de se retrouver prof, d’observer des élèves : on reconnaît très vite les “mauvais”, ceux qui essayent de tricher, mais aussi les curieux, ceux qui veulent apprendre, ceux qui se donnent à fond. C’est agréable de voir certains qui veulent vraiment avoir les bonnes réponses. J’ai envie de les aider, de les faire évoluer. J’ai envie que mon passage soit utile, et quand je vois certains élèves avec de grandes capacités, je voudrais me dire qu’ils continueront dans cette voie. Malheureusement, je sais aussi qu’avec leur statut social, il sera difficile pour eux de sortir de leur condition. C’est quelque chose qui me touche, et je me suis découvert une certaine sensibilité auprès des enfants. J’aime l’authenticité qu’ils dégagent.

C’est des enfants qui n’ont pas le confort européen, qui ne sont pas pourris/gâtés par leur parent, qui ne sont pas capricieux et qui pourtant, ont le sourire, une sincérité, et une joie de vivre incroyable. 

 

J’ai encore plusieurs semaines à faire ici. 

Alors, oui, ce n’est pas toujours simple et toujours facile, mais je le sais d’avance : quitter certains des enfants sera assez douloureux pour moi.

Je n’ai donc qu’un seul but : réussir à leur apporter un max le temps de mon séjour. Si à la fin, ils se souviennent de moi, comme un prof qui leur aura appris quelque chose, j’aurai en quelque sorte gagner mon pari. 

 

 

 

 

 

(Photos ci-dessous : la fin d’un cours, avec comme activité du dessin et du coloriage)